Calixthe Beyala: Passer de l’imaginaire poétique politique à la réalité politique sans pour autant être en quête d’un poste dans un Cameroun tribalisé

Grand prix littéraire d’Afrique noire et Grand prix du roman de l’Académie Française, Calixthe Beyala est une écrivaine franco-camerounaise qui se sert de son art et de son succès pour moraliser les consciences. L’interview.

Pourquoi pensez-vous que les politiciens en mal de positionnement mettent en avant la carte tribale?

– Il me semble fort que tout le monde joue la carte du tribal au Cameroun, aussi bien les politiciens que l’homme de la rue, les uns pour garder leur poste, les autres pour jouir des avantages, des faveurs ou tout simplement d’une complicité villageoise dont les méandres sont connues des seuls protagonistes.  Oui, n’en déplaise aux uns et aux autres, le Cameroun est ultra tribalisé ; on a du mal à s’y sentir bien lorsque comme moi on n’appartient pas à une tribu en particulier. D’ailleurs, tout est tribal, l’organisation des fêtes, des tontines, des weekends ! On tontine entre cousins, on weekenisent entre frères et le tout à l’avenant. Très peu de liens hors tribus existent. Chacun prend le chemin de son village dès le vendredi soir, c’est terrible, c’est horrible ce qui aurait dû sembler magnifique, comme la préservation des valeurs ancestrales,d es cultures antiques… Il en est ainsi… Partout tout le temps… Dans tel bureau on parle le Beti ; dans tel autre on converse en  Bamileke ; un peu plus loin c’est le bassa… Oui, il en est ainsi du Cameroun, un tribalisme généralisé, sans exclusif aucun.

Diriger un peuple nécessite beaucoup d’humilité, d’humanité et de générosité ainsi qu’une forte dose de probité, écrivez-vous sur votre page facebook. Pas du tout la philosophie du pouvoir que vous semblez défendre, disent les autres. Qu’en dites-vous?

-Heureusement que vous dites ” qu’ils semblent penser que… Parce que ce que je pense, personne ne le sait et jusqu’à preuve du contraire, je n’appartiens pas à un parti politique. J’exècre le mensonge, point ! Quelqu’un a largement perdu des élections, le dire ne signifie nullement qu’on est absolument contre lui pour un autre camp… Le dire, c’est faire preuve de rigueur intellectuelle et morale. On ne rend pas service à la démocratie en proclamant du faux, même si par ailleurs certaines situations nous agacent.  C’est juste dire ce qui est, ce qui n’appelle pas d’autres interprétations ! Mais l’intolérance au Cameroun n’a d’égale que le tribalisme, n’est-ce pas ?

Que coûterait la réconciliation pouvoir-opposition au Cameroun aujourd’hui sans oublier la paix entre Anglophones et francophones?

-J’espère fort qu’il y aura toujours une opposition et un pouvoir au Cameroun !!!! L’inverse serait antidémocratique presque, car il faut des contre pouvoir comme partout dans le monde pour que la République fonctionne ! Cette opposition se doit juste d’être responsable, honnête, rigoureuse dans ses dénonciations. Elle se doit de ne pas être tribale ; elle ne doit charrier qu’une chose : la vérité en toute circonstance !

Comment alliez-vous l’art qui vous a fait connaître et la politique à laquelle vous prêtez votre voix depuis un certain temps?

-Ecrire est déjà en soi un acte politique, non politicienne, mais une politique visant à améliorer la pensée et les actions sociales. Puis écrire est aussi un art dans la mesure où l’écriture appelle l’esthétique, la beauté, le chant, le chaos et toutes les nuances du monde. Je n’ai donc jamais eu des difficultés depuis plus de trente ans de passer de l’imaginaire poétique politique, à la réalité politique, sans pour autant être en quête d’un poste.  J’ai toujours agi pour améliorer le bien être de la cité. D’ailleurs, tous les écrivains de Senghor à Diderot, de Montesquieu à Cesaire ont toujours allié littérature et politique sans heurter les sensibilités de quiconque.

Qu’est-ce que le peuple Camerounais n’a pas saisi du dialogue national et que vous croyez important de souligner?

-Le dialogue national est avant tout une grande rencontre durant laquelle, les camerounais se sont parlés à coeur ouvert de toutes les scories qui gênent le fonctionnement de la société et ensemble, ils y ont apporté un certain nombre de solutions dont la décentralisation mise en oeuvre en ce moment pour le parlement.

Comment pouvez-vous décrire en trois mots Paul Biya d’un côté et Kamto de l’autre?

-Je ne connais ni Paul Biya, ni Maurice Kamto pour les qualifier en trois mots, ou trois pages.

Calixthe Beyala