KINSHASA, RDC : Le corps de l’activiste Rossy Mukendi donne des insomnies au pouvoir de Kinshasa

Le 25 Février 2018 dans l’enceinte de l’Eglise Saint Benoît dans la commune de Lemba à Kinshasa, gisant au sol, la main levée avant d’être secouru par ses collègues de lutte, est tombé sous les balles de la police Congolaise, un vaillant combattant et défenseur des droits de l’homme ; Rossy Mukendi Tshimanga.

Plus populaire après sa mort qu’avant, Rossy Mukendi était champion de RDC et d’Afrique de l’art martial ; Jiu Jitsu. Professeur assistant à la faculté des Relations Internationales de l’Université Pédagogique Nationale [UPN] de Kinshasa, Rossy était également chercheur à l’Institut Panafricain des relations internationales et stratégiques [IPRIS] et Conseiller principal du mouvement citoyen Collectif 2016.

Auteur de ‘’De la renaissance de la RDC dans le contexte géopolitique post-blocs’’, Rossy a porté son activisme au-devant de la scène dans les rues de Kinshasa. Il en paie les frais lorsqu’il confronte le bourgmestre de la commune de Ngaba pour son incapacité à gérer le ravin ‘’Libulu Manzengele’’ causé par les pluies de Kinshasa sur l’avenue Manzengele.

Pendant trente-sept jours, il est gardé dans les geôles de services de sécurité du pouvoir de Kinshasa. Le jour de sa libération, il décline l’offre de $500 lui proposés par ces derniers pour son transport. Le pouvoir l’indexe et la sale besogne est accomplie par la police nationale qui lui tire une balle à bout portant pendant qu’il s’apprêtait à fermer le portail de l’Eglise Saint Benoit afin de protéger les protestants gazés de bombes lacrymogènes par celle-ci. La balle fatale aurait été tiré par le major Carine Lokese Koso. Ce que la police a démenti dans son communiqué rendu public, lundi le 27 Février 2018 : Le brigadier en chef Tokis Kumbo, matricule 1198511210674 de l’Escadron mobile d’intervention Mont-Amba est, selon elle, l’auteur de l’assassinat de Rossy Mukendi.

Rossy laisse ainsi derrière lui, une femme qui n’en croit pas ses yeux, un fils qui a promis à son père – lors de l’hommage lui rendu le 6 mars 2018 dans l’Eglise Saint Benoit où il était tombé – de s’incliner devant sa tombe lorsque l’alternance sera une réalité en RD Congo, une petite fille de deux mois et demi qui ne comprend pas la raison des cris et larmes autour d’elle, une mère sans voix, un père abattu par la douleur et qui a rassemblé son énergie pour déclarer : ‘’Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, le sang de mon fils criera vengeance…’’et enfin, un peuple dépassé mais plus que déterminé à en découdre avec le pouvoir qu’il qualifie d’assassin.

Pourtant, comme si cela ne suffisait pas, le Jeudi 15 Mars, la dépouille de Rossy Mukendi ne sera plus levé. Raison : La police exige une deuxième autopsie. Une décision qui cache la peur du pouvoir de Kinshasa, selon la population. Toute manifestation ou tout regroupement, minime soit-il trouble la quiétude d’un pouvoir vomi par la population et qui ne se maintient que par la force des armes.

La peur est dans l’air depuis la mort d’Etienne Tshisekedi en Belgique. Le retour de son corps qui entrainerait des millions de Kinois dans la rue donne des cauchemars au pouvoir de Kinshasa qui ne saurait contrôler une telle masse si jamais sa destination finale s’appellerait : Le palais de la nation.

Dans une nation où se multiplient des gens consciencieux et prêts à donner de leur vie pour l’alternance à sa tête, les écrits de Rossy Mukendi résonnent comme un testament embrassé par un grand nombre : ‘’Nous allons colorer le sol Congolais rouge de notre sang, pourvu que nos enfants ne vivent esclaves demain dans leur propre pays. Quand la mort viendra, je partirai, fier d’avoir défendu un idéal juste et légitime’’. Les fosses communes à Kinshasa, dans les deux Kasaï et à l’Est de la RD Congo, la décimation des membres de Bundu dia Kongo dans le Bas-Congo, la marche des vaches ‘’folles’’ sur le Bandundu, des guerres interminables au Kivu, les viols comme armes de guerre signés par l’armée et la police Congolaises ou par des mouvements rebelles en connivence avec l’administration de Kinshasa n’augurent rien de beau pour l’avenir de Joseph Kabila.  Les jours qui passent le rapprochent davantage d’une fin malheureuse qui ne lui laisserait que deux options : La prison ou la mort. Il le sait et, d’où la lutte pour la survie.

Pendant ce temps, le sang de Rossy Mukendi crie tellement fort que le Comité Laïc de Coordination fait un ultimatum à Joseph Kabila pour le respect de l’accord de la Saint Sylvestre. Il annoncerait des mouvements d’envergure si d’ici le 30 Avril 2018, Kabila et son administration ne tiennent pas parole. ”Le peuple gagne toujours” dirait Rossy Mukendi.

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