Kinshasa, RDC: Le journaliste Eliezer Ntambwe préfère rester en prison que ramper devant le gouverneur Ngoyi Kasanji

En pleine guerre des factions rivales, Salomon Vandy, creuseur de diamants dans les mines de Mende, en Sierra Léone, découvre un jour, un diamant d’une valeur estimée à des millions de dollars américains. Le capitaine ‘’Poison’’ qui supervise la mine en a vent et veut peser de tout son poids pour extorquer la ‘’pierre’’. Une guerre qu’il perdra en y laissant sa peau. Après multiples obstacles, Salomon, aidé par Danny Archer, un mercenaire sud-africain et Maddy Bowen, une journaliste américaine finira par quitter le pays et sauver sa peau.  Le film tourné en 2006 a connu un succès retentissant. Salomon Vandy a été interprété par Djimon Hounsou, le Capitaine Poison par David Harewood, Danny Archer par Léonardo DiCaprio et Maddy Bowen par Jennifer Connely.

En 2017, on n’est pas dans les studios d’Hollywood, mais plutôt dans une mine du Sankuru, dans le Kasai, en RD Congo. Un creuseur du nom d’Olomi rêve d’une nouvelle vie après avoir découvert un diamant d’une valeur estimée à des millions de dollars. Le bruit court. Un groupe de trafiquants lui proposent 200,000 dollars américains. Bien que la constitution leurs interdit de faire du commerce pendant qu’ils sont aux affaires, les gouverneurs du Sankuru qui fait le courtier et celui du Kasai-Oriental, qui fait l’acheteur, sont déjà impliqués dans cette histoire et, Olomi croit gagner plus avec eux.  Pourtant, Il ne touchera finalement, qu’un montant dérisoire lui imposé par l’acheteur. A cette pratique anticonstitutionnelle s’ajoutent le vice et l’instinct criminel ; Olomi, menacé et, trop pauvre pour ‘’acheter’’ la justice Congolaise, mourra plus tard de chagrin.

La famille du défunt essaie de se saisir de la justice qui fera la sourde oreille. La grande sœur et le grand frère d’Olomi n’en démordent ; ils recourent au magazine ‘’Tokomi Wapi’’ du journaliste Eliezer Ntambwe. Ce programme qui est en réalité la voix des sans-voix leur accorde sa plateforme et consulte le gouverneur Ngoyi Kasanji pour un droit de réponse que celui-ci décline.  Le programme est diffusé. Ngoyi Kasanji a du mal à avaler l’affront.  Il porte plainte, et Eliezer Ntambwe est interpellé, puis arrêté et jeté en prison sans procédure légale.

Des extorsions, il y en a eu.  En 2005, le diamant de 800 carats de ‘’Bena Tshisuaka’’, extorqué aux creuseurs locaux de ce petit village avait connu un parcours moins honnête. Le même gouverneur et l’espace présidentiel Congolais y étaient cités. Cependant, aujourd’hui, en réalité, l’affaire du diamant est l’arbre qui cache la forêt. Eliezer Ntambwe a compris que le rôle d’un journaliste d’investigation est de voir et dire, commenter et analyser. Ce qui est dégoutant pour un pouvoir qui a plusieurs cadavres dans ses tiroirs, au propre comme au figuré.  Un pouvoir qui n’a ni oublié ni digéré que les caméras du journaliste Ntambwe largués sur Kinshasa lors des marches pacifiques l’ont complètement dépouillé du peu de considération qui lui restait. Des hommes et femmes tués par balles réelles, des églises profanées, une police corrompue, bref, tout un résumé d’un pouvoir aux abois. Le reflet et l’écho de dix-sept ans d’un tableau triste d’un pouvoir corrompu et criminel.

A la fin du film Hollywoodien, Vandy a empoché des millions de dollars et a pu être réuni avec sa famille. Maddy Bowen, la journaliste a écrit l’article qui a exposé les actions criminelles de l’acheteur de diamants sud-africain pour lequel travaillait le mercenaire Danny Archer. En RD Congo, le gouverneur achète la justice, le pouvoir dont il est le portevoix jubile pendant que le journaliste Eliezer Ntambwe est jeté dans la cellule pour criminels du pavillon 2 de la prison de Makala, à Kinshasa. L’homme resté égal à lui-même a refusé, malgré l’humiliation, à se soumettre à la proposition lui faite par le système par le biais du parquet général, de demander pardon au gouverneur.

La majorité présidentielle peine à se trouver un dauphin à Joseph Kabila pour les élections moins sûres du 23 Décembre de l’année en cours. Kabila, quant à lui n’est pas trop désireux d’abandonner le pouvoir qu’il a appris à aimer. Ce qu’ils ont tous du mal à comprendre est que le temps est l’ennemi de toute tyrannie.

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