RDC – La diversion : Pourquoi Lamuka et le FCC ont échoué là où le groupe de Binza a réussi

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Solitaire, tête baissée, le lion marchait. Plus il avançait plus se perdait dans un passé récent, le territoire où il avait régné en roi. Il avait perdu la bataille contre le nouveau dominant dont les crocs s’étaient plantés dans sa croupe et lui avaient enlevé un gros morceau de chair. Les gazelles fuyaient au loin, elles se tassaient dans leurs cachettes à son approche. Les mouches ne comprenaient pas pourquoi il ne relevait plus sa tête sur ces gazelles dont le reste leur servait aussi de nourriture. Le lion, lui, ne les voyait ni les entendait ; Il saignait et marchait à la rencontre de sa mort.

L’autre fois.
Le 5 Septembre 1960, Joseph KasaVubu révoque son premier ministre, Patrice Emery Lumumba. Ce dernier refuse d’obtempérer. L’imbroglio crée un malaise socio-politique. L’indépendance Congolaise a moins de trois mois d’âge, mais, elle affiche des poches sous les yeux. Les bouderies du Katanga et les coups de gueule du Kasaï en rajoutent ; les sécessions dirigées, l’une par Moïse Tshombe et l’autre par Albert Kalonji rident son jeune visage.

Aujourd’hui.
Martin Fayulu se construisait un personnage d’opposant. Le processus est en cours quand une ambition hâtivement nourrie à Genève lui fait sauter les échelons. Une impréparation que le jeune colonel Joseph Désiré Mobutu, avait, en son temps, évité. Après son premier coup d’état du 14 Septembre 1960, il remet le pouvoir aux civils. Un coup d’éclat ! Il gagne la confiance du peuple.

Hier et aujourd’hui.
Mobutu prend son temps. Il observe, étudie et sélectionne les hommes clés du paysage politique : Justin Bomboko, ministre des affaires étrangères, Victor Nendaka, le chef de la sécurité, Albert Ndele, directeur de la banque du Congo, donc responsable des finances et Kandolo. Le groupe de Binza est donc né ! L’expertise de chacun d’eux n’empiète pas sur l’ambition de Mobutu. Un son qui n’a pas eu le même écho dans Lamuka, plateforme électorale devenue groupement politique. Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, l’œil posé sur les horizons de la présidentielle de 2023, ont réduit Fayulu à un exécutant de leurs ambitions.
Pendant ce temps, Joseph Kabila noie la douleur de ses inquiétudes dans des choix suicidaires. Au terme de son second mandat et après multiples tâtonnements, il impose à sa famille politique, la candidature de son ancien ministre des affaires étrangères. Sous sanctions de l’ Union Européenne, Emmanuel Ramazani Shadary est une épine dans le pied. Il échoue à l’élection présidentielle. Cependant, le succès du FCC – la plateforme dont Kabila est l’autorité morale – aux législatives provinciales et nationales lui redonnent du sourire. Respectueux de la constitution et soucieux de la paix, le président Congolais,Félix Tshisekedi Tshilombo choisit la coalition à la cohabitation. Joseph Kabila sort la tête de l’eau, et, pour la garder ainsi longtemps, il se tire une balle dans l’autre pied :Alexis Thambwe Mwamba est son candidat à l’élection du président du sénat. Ancien ministre de la justice, celui-ci avait fait de cet appareil un service des répressions en faveur de Kabila. A son actif aussi : le bombardement de l’avion de la compagnie CAL en 1998 avec à son bord plus de deux cents passagers civils.
Comme Mobutu, en son temps, Félix Tshisekedi a eu, avant et après les élections, le temps d’observer et d’étudier le paysage politique Congolais. A son flair diplomatique, il ajoute ses hommes clés : François Muamba, son conseiller politique. Crème de la crème, Il est ministre de l’économie, industrie et artisanat sous Mobutu Sese Seko, ministre du budget et Président du groupe parlementaire du MLC de Jean-Pierre Bemba à l’assemblée nationale sous Joseph Kabila. Il y a aussi François Beya, son conseiller spécial en matière de sécurité ; un professionnel des services des renseignements. Il a servi sous Mobutu au conseil national de sécurité [CNS], à l’Agence Nationale des renseignements [ANR] sous Laurent-Désiré Kabila et à la tête de la direction générale de migration [DGM] sous Joseph Kabila. CASH est une autre carte joker ; son alliance pour la victoire avec Vital Kamerhe est un coup d’œil gagnant. Si Mobutu a eu pour ami personnel, Larry Devlin, directeur de la C.I.A au Congo, Felix Tshisekedi s’est constitué un carnet d’adresses très important, d’Amérique en Europe, en passant par l’Afrique, tout au long de son parcours en tant que Secrétaire National aux affaires extérieures de l’UDPS, Président de l’UDPS et Président du Rassemblement de l’opposition, sans oublier les grandes leçons de démocratie et d’état de droit, apprises au pied du Père; Etienne Tshisekedi.
Du coup, la diversion qui a présenté Lumumba comme communiste à la face du monde et qui a réussi en d’autres temps, a du mal a se frayer un chemin aujourd’hui sous la casquette “vérité des urnes” portée par Martin Fayulu. La communauté internationale charmée par les premiers pas de la démocratie et de l’état de droit tournent le dos à cette casquette. Les temps ont changé, la signature aussi, mais les gazelles, elles, marquées par le passé royal du lion saignant, s’enfuient et se tassent dans la brousse à son passage.

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