Francine Lobho – Fondatrice et Présidente de “Congolese Women for peace [CWFP]: La vision, la motivation et les objectifs à atteindre pour améliorer les conditions de la femme en tant que vecteur et agent de développement en RDC

Votre organisation met en avant la femme comme vecteur et agent de dévelopement pour répondre aux besoins de la RDC. Pourquoi est-il impérieux de passer par
la femme?

A l’aube du 60e anniversaire de l’ indépendence de la RDC, l’histoire nous a démontré, que la femme congolaise a été marginalisée dans tous les secteurs de développement. Depuis l’indépendance de la République Démocratique du Congo (RDC), le 30 juin 1960, le pays a fait l’éxpérience d’une succéssion de guerres et de violences éthniques qui l’ont porté au bord de l’implosion. Cette situation tragique, place les femmes congolaises au tang de premières victimes de la pauvreté et souvent leurs potentiels sont sous-utilisés. Les hommes étant partis, c’est elles qui assument, seules souvent, la survie de la famille. Pour accèder au développement, il est impérieux de faire de la femme un vecteur et un agent de développement. Il est utopique aujourd’hui, de parler développement sans l’implication des femmes. Tous les secteurs de la vie ont démontré que rien ne peut être bâti et consolidé juste par un seul genre masculin, au moment où l’agent féminin contribue à plus de 60 % dans la croissance considérable des secteurs vitaux de tous les États du monde, notamment le Commerce, l’agriculture, l’entrepreunariat, l’éducation et la paix. D’un côté les femmes sont plus touchées par ces problèmes, mais de l’autre, elles disposent également des idées et du leadership nécessaires pour les résoudre.
La femme Congolaise est une force motrice qui permettra à la RDC de se projeter vers un futur désiré. Ainsi, “Congolese Women For Peace” (CWFP) se consacre à l’analyse des problèmes de la République Démocratique du Congo, en proposant des pistes des solutions pour la paix et le développement avec l’implication des femmes congolaises comme vecteurs de développement et agents du changement.

Quels sont les secteurs de priorité pour une contribution réussie de la femme Congolaise à la paix et au développement?

La femme congolaise est non seulement une victime, mais aussi une actrice de la paix et du développement. C’est une ressource humaine que la société congolaise doit savoir préserver et capitaliser dans une approche démocratique pour la paix, la sécurité et le développement humain. Elle a donc des compétences multidimensionnelles, multisectorielles et des valeurs qui se résument en savoir-faire et savoir-être dont:
– La lutte contre la pauvreté :  Dans la sphère rurale comme dans la nationale, les femmes occupent une place centrale dans la vie économique, devenant des actrices principales du développement. Par leur travail, elles luttent ainsi pour la sécurité alimentaire.
– L’éducation des femmes : renforcer l’éducation et la formation des femmes dans tous les domaines pour accroître leur pouvoir d’action et augmenter leur chance à l’égalité dans la promotion sociale et leur dignité.
– La santé : protéger les femmes contre le décès lié à l’accouchement par des moyens de prévention. Prendre des mesures pour protéger les femmes contre le VIH SIDA et améliorer la santé de la femme du troisième âge.
– Le leadership économique : assouplir les conditions d’accès au crédit pour les femmes entrepreneurs et surtout favoriser des structures d’octroi des micro-crédits aux femmes de la base pour leur permettre une plus grande autonomie vis-à-vis des hommes.
– Le leadership communicationnel : encourager les femmes des médias, par des mesures compétitives à ameliorer les thématiques et techniques, et à offrir  un espace afin de participer de façon efficace au débat sur des questions d’actualité sur leurs propres problèmes et des problèmes de la société.

Vous vous définissez comme étant une entrepreneure sociale. Qu’entendez-vous par là?

L’entrepreneuriat désigne le fait de mener une activité dont on est soi-même l’initiateur, comme le montre son sens étymologique. Effectivement, CWFP est un initiateur de projet implantant un plan d’action qui permet de débuter et avancer. CWFP est également celui qui prend le plus de risques en démarrant une activité dont le seul garant est sa créativité.
Au-delà de tout cela, l’entrepreneuriat se définit comme la faculté de créer de la valeur ajoutée à partir de ressources limitées; les exploiter afin de pouvoir répondre à une demande exprimée
par les consommateurs.
Congolese Women for peace (CWFP) place l’efficacité économique au service de l’intérêt général des femmes rurales. Etant un entrepreneur social, mon but est de créer de la valeur à long terme pour la société ou l’environnement. Ceci crée de l’emploi pour les personnes marginalisées, l’accès à des services essentiels aux personnes qui, autrement, n’y auraient pas
accès, ou la vente de produits ou de services qui protègent l’environnement.
Le principe de base dans CWFP est de créer des entreprises à travers la République démocratique du congo, dont l’activité économique a été conçue de manière à créer de la «valeur sociale », à mettre en œuvre des solutions innovantes à des problèmes sociaux dans les
domaines du développement durable, de l’environnement, de la santé, de la création d’emplois où toute activité devrait bénéficier à la société.

L’émotion serait-elle une qualité ou un frein à la contribution de la femme au développement de sa Communauté ou de son pays?

Il n’y a pas si longtemps, on pensait que le développement était un processus strictement rationnel dans lequel les émotions n’avaient pas grand-chose à voir. On sait aujourd’hui que les émotions
tiennent un rôle important dans le développement, qu’elles peuvent servir de levier ou, au contraire, devenir un frein.
Une émotion peut être définie comme une réaction de notre organisme à un événement extérieur,comportant des aspects cognitifs, physiologiques,et comportementaux. Ainsi, bien que certaines émotions sont dites « positives » parce qu’elles sont ressenties comme étant agréables, et que d’autres sont qualifiées de « négatives » parce qu’elles sont désagréables, toutes les émotions ont leur utilité. Les émotions sont une partie intégrante et inséparable de la vie organisationnelle de tous les jours. Il est important de remarquer que nos besoins sont d’abord centrés vers soi (besoins physiologiques, de sécurité) puis ils s’ouvrent progressivement vers les autres (besoins sociaux,
d’estime). Nous passons de besoins matériels (nourriture, argent, habitation) vers des besoins immatériels (amour, respect, estime). Les émotions sont au centre de la conduite du changement, pouvant jouer un rôle de freins ou de leviers au développement d’une communauté ou d’un pays. En fonction des choix managériaux de la femme, elles joueront un rôle essentiel dans son équilibre individuel et dans ses relations avec sa communauté. L’absence de prise en compte des émotions augmente l’épuisement au travail, les conflits, l’insatisfaction et le manque de motivation. La qualité (positive ou négative) et l’intensité (forte ou faible) de l’émotion, que la femme exprime, indiquent la présence d’un événement ou d’une situation pouvant avoir un impact – soit positif ou négatif, fort ou faible – sur son intégrité ou son bien-être. La nature de l’émotion (joie, peur, tristesse, colère, etc.) fournit, quant à elle, des indices sur l’action ou l’ajustement nécessaire qu’elle devra imposer à sa communauté. Souvent les émotions sont l’effet même du développement.