« Été 73 » de Florny CHEBEYA contre le silence et l’oubli volontaire

                                                       

Par Eddy Kabeya

Reporter Afrimpact Mag. Montréal, Canada

« Été 73 », c’est le roman biographique de Florny CHEBEYA, un des enfants orphelins de Floribert CHEBEYA BAHIZIRE, directeur exécutif de l’Ong ”la Voix des sans Voix (VSV)”, héros de la lutte pour les droits humains sauvagement assassiné sous le régime de Joseph Kabila, le 1er juin 2010 à Kinshasa, en Rd Congo. L’ouvrage vient d’être dédicacé, samedi 23 novembre 2019 à l’Espace Mushagalusa de Montréal, l’unique centre culturel qui valorise et honore la culture congolaise et africaine au Canada.

Avec ses 175 pages imprimées sur du papier Enviro contenant 100 % de fibres recyclées, l’ouvrage publié en octobre dernier par Bouquinbec force notre admiration et la détermination de la famille Chebeya de conjurer le mal. C’est comme Lamartine l’a si bien apostrophé en ces termes : « Nos âmes réunies hantent les mêmes bords, vivent des mêmes vies. » Un détail que nous aurions bien voulu vous épargner. Mais, à la rencontre du public avec cette famille hantée, hallucinée et rongée par les remords depuis environ neuf ans et demi, des souvenirs d’ici et d’ailleurs ont été ressassés. Des années de frayeur et de tourments durant lesquelles les cinq enfants ont subi de traumatismes psychiatriques jusqu’à craindre le pire pour chacun d’eux sans oublier leur brave mère, Anny Chebeya. Celle-ci a, pour rappel, perdu à la fois son mari et son propre frère, Fidèle Bazana, le chauffeur dont le corps est porté disparu jusqu’à ce jour!

Face à ce film affreux à considérer comme un réel crime d’État, la dédicace s’est transformée en un vibrant témoignage et hommage envers la famille Chebeya. Des voix se sont levées pour que la justice soit faite pour un procès mettant fin à l’impunité des intouchables. Il est établi que le vaillant défenseur des droits de l’homme avait bien, ce jour fatidique, rendez-vous avec l’Inspecteur général de la police de l’époque qui règne encore en maître! Certains ont crié à la vengeance, aux inutiles amalgames de querelles politiciennes… De quoi raviver une plaie encore fraîche dans les mémoires!

Transfiguration des Chebeya

Ce qui nous a semblé étonnant, c’est la transfiguration de la famille Chebeya. Prenant la parole, Florny, l’écrivain à l’honneur, 22 ans à peine, nous a gratifié de ses paroles : « Merci de me rapprocher de Papa Flori à travers vos souvenirs. Soyez courageux! »

En effet, ”l’écriture est une thérapie et une urgence pour continuer de vivre”, nous avait déclaré en son temps Marie-Louise Mumbu, une écrivaine congolaise résidant à Montréal. De même, pour Florny, nous étions obsédés de vérité que la douleur a failli nous emporter. Écrire nous a permis de transcender le mal! Cause pour laquelle l’orateur du jour nous a convié à la lecture de son roman.

« L’été 1973 ne laisse quiconque indifférent. », nous avertit-il, d’emblée à la première page. L’intrigue s’est déroulée, a-t-il souligné, dans les années 70 dans un immeuble à appartements modestes appelé ”la Cour”, situé au 650 rue Rembald. Si vous êtes patients ou curieux, poursuit-t-il, vous serez étonnés finalement de ce que vous y découvrirez…

De l’été 1973 à l’été 2010, il n’y a qu’un petit pas à franchir dans l’imaginaire. Le combat a pris une autre dimension par des écrits limpides mais tranchants d’un autre Chebeya « Florny ». Un diminutif de Floribert et la veuve Anny. Une nouvelle aventure entamée par ce jeune dont le timbre de voix, le visage toujours souriant et le calme serein rappellent que les morts ne sont pas morts! Florny Chebeya Bahizire n’est plus contraint à l’exil. Il s’est exorcisé de la peur. L’écrivain dédramatise les cauchemars vécus au quotidien depuis la disparition de leur géniteur par la plume dont la fiction interpelle tout lecteur. Il reprend, donc, le flambeau de la lutte pour la justice.

Florny Chebeya est titulaire d’un Baccalauréat Sciences sociales en Études des conflits et droits humains à l’Université d’Ottawa. « C’est après avoir constaté que presque tous les discours de mon père avaient pour crédo de trouver des bonnes résolutions des conflits en Rd Congo que j’ai opté pour cette branche d’études académiques… », a-t-il conclu.

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