RDC: Kamerhe parle, Masaro se tait et la boite de pandore vide tangue sur un long fleuve

C’est un homme en forme; pas du tout à deux doigts de la mort selon la rumeur des jours passés. Barbe grise, regard perdu dans un futur incertain, Vital Kamerhe dont le bleu-jaune de la prison de Makala remplace chemise cravatée et costume écoute Samih Jammal jurer sur Allah qu’il ne le connait pas et ne l’a jamais rencontré.
Lorsque arrive son tour, Kamerhe marche sur les traces de Jammal. Lui non plus ne connait celui-ci ni de nom ni de vue. ”Vous savez Muhimbi, je ne l’ai vu qu’aujourd’hui…” enchaîne-t-il sur un autre prévenu -Muhima Ntole; le responsable Import-Export de la présidence de la République – qui, lui, avait reconnu être envoyé à Dar-es-Salaam, en Tanzanie, dédouanner les maisons préfabriquées sous l’ordre de sa hierachie qui s’est avérée être Vital Kamerhe.
Pendant qu’il se perd dans son parjure; le langage judiciaire qui n’est autre que le mensonge dans le parler courant lui fait perdre l’estime des Congolais branchés sur la télévision nationale qui retransmet le procès en direct. Un jeu très dangereux trahi par les photos qui surgissent après le procès sur les réseaux sociaux le montrant en compagnie de Jammal dans sa propre maison avec en background, accrochée au mur, la photo du couple Kamerhe.
“Nous ne sommes pas ici pour amuser la galerie!”. Cette phrase qui serait la bienvenue si elle venait du juge est malheureusement sortie de la bouche de celui sur qui pèse le détournement de plus de 50 millions de dollars destinés à l’achat et le dédouanement des maisons préfabriquées dans le programme des 100 jours du Président Félix Tshisekedi.
La mauvaise odeur se fait emporter par le vent jusqu’à la Cité de l’Union Africaine où deux jours plus tard le président Félix Tshisekedi nomme par ordonnance le directeur de cabinet intérimaire en la personne de Désiré Kolongele Eberande. Le message est clair; Kamerhe ne reviendra plus à la Cité de l’Union Africaine et peut-être même pas à la politique de si tôt.
Un virage déjà dangereux est assombri davantage par la fuite de son neveu, Daniel Masaro – trait d’union entre Vital Kamerhe et Samih Jammal – retrouvé en fin de semaine, tapi dans une ferme à la périphérie de Kinshasa. Remis à la justice, Masaro a donné sa langue au chat tout au long de sa comparution, le 18 Mai 2020. L’oncle parle et le neveu se tait.
Le bavardage du premier et le silence du second les emporteraient loin de la vie libre pendant cinq-vingt ans. Une bataille dure pour leurs avocats qui gagneraient dans la réduction des années de peine que dans l’acquittement de l’ex-directeur de cabinet du Président Félix Tshisekedi.
Le long fleuve maquille son agressivité par son calme. Il ne coule pas, donne-t-il l’impression. Ignoré, délaissé au profit de la rivière aux poissons et de l’océan aux eaux salées, il affichait le visage d’un enfant pauvre. Et la justice Congolaise lui a ressemblé pendant des années. Aujourd’hui, ce long fleuve qu’est la justice Congolaise retrouve sa toge noire, et au gré des vagues, la boite de pandore vide peinte en rouge et blanc tangue sur ses eaux.