RDC – Les politiciens, le jeu de dames et les spectateurs

Prisé par ceux qui font travailler leur cerveau, le jeu de dames est un jeu de mémoire. La stupidité n’y trouve pas d’espace; l’intelligence y joue une grande part. Ce jeu a une qualité; celle de perdre ses pions pour en gagner plus. Quand deux joueurs s’affrontent, souvent les spectateurs chuchotent, crient et s’indignent que celui qu’ils supportent n’aient pas poussé le pion qu’il fallait. On croit mieux voir dans les tribunes que sur le terrain! Cependant, ces intelligents joueurs se comportent parfois vulgairement: renverser le tableau du jeu où carrément balancer les pions en l’air.
Ce jeu a pour sosie, la politique. Ici aussi on donne, et peut-être plus, pour enfin gagner. En RDC, deux joueurs s’affrontent. Kabila pousse ses pions pour ne pas se faire avaler, pour survivre après tant de ratés, vieux de 18 ans de règne. Les siens regrettent qu’il ait perdu le pion qui lui faisait gagner: La présidence. Il compte désormais sur trois restants: Le parlement, Le sénat et le gouvernorat.

Le gardien des buts est l’ épine dorsale de l’ équipe de football. Il lui est exigé le courage d’ affronter les tirs de l’attaque adverse et la détermination de les arrêter. Les plongeons, les sorties aériennes… sont le produit de la souplesse et de l’ endurance travaillées et retravaillées au risque de se prendre le ballon en plein visage, de se tordre le pied ou se casser le cou. En bon commandant et par ses instincts d’ d’entraineur-né, le gardien de but connaît ses défenseurs; il a la maîtrise de leur jeu et coordonne leur positionnement. Lorsque sa défense se porte mieux et que son camp n’est pas menacé, la solitude et la concentration studieuses l’aident à comprendre, non seulement les points faibles et forts de sa défense, mais aussi ceux de l’ attaque adverse. Il degage responsabilité et surêté pour la motivation de toute l’équipe. Il est aussi et surtout le dernier mur après que son attaque ait perdu le ballon, que son milieu de terrain ne l’ait pas récupéré et que toute sa défense soit balayée. Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi se sert de ses reflexes de gardien des buts pour pousser ses pions. Il  les positionne pour exister, pour imposer sa vision après 37 ans de lutte de son parti, UDPS. En plus de petits pions, il en a deux majeurs qui empechent Joseph Kabila d’avancer les siens, deux dames; La présidence et le peuple. Il est dans une position confortable.
Martin Fayulu resemble à un troisième joueur, impatient d’attendre son tour, choisit de provoquer celui qui l’avait battu en demi-finale. Pour déconcentrer celui-ci , le faire perdre et le remplacer sur le siège de jeu, toutes les méthodes sont bonnes: L’ ironie, la victimisation, le mensonge… La dernière cartouche qui n’a pas donné, c’est sa déclaration osée, dimanche le 28 Avril, 2019 lors de son meeting à la Place-Sainte-Thérèse à Kinshasa: ” En 94 jours au pouvoir, Félix Tshisekedi n’a fait que vider la réserve de la banque…” Pendant que les nouvelles routes, les vieilles rénovées et les ponts relient les communes et provinces dans le cadre du programme de 100 jours, que certains coins du pays sont désormais éclairés après plusieurs années dans le noir, le peuple se demande d’où Martin Fayulu tire ses inepties!
De la foule de spectateurs, un bruit s’élève : ceux-ci approuvent, ceux-là désaprouvent et les autres s’en balancent.

Toute vie contient la mort en elle. Celle-ci est masquée tout au long du parcours par la beauté de la naissance, la fraîcheur de la santé, les petits bonheurs quotidiens…jusqu’à ce que le dernier soupir l’expose.
Lamuka suffoque. Cette plateforme d’abord électorale, ensuite politique, s ‘est enfin engagé sur un virage sanglant. Les griffes et les crocs s’entrecroisent. Les loups ne se mangent pas entre eux, mais quand il leur arrive de s’affronter, ils se déchirent au sang. Lors de sa dernière sortie médiatique sur France24, Moîse Katumbi reconnait en Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi le président de la RDC et prône la cohesion nationale tandis que Martin Fayulu s’accroche à la vérité des urnes et prêche le soulèvement populaire.

La guerre de leadership qui couvait depuis la naissance de Lamuka s’affiche finalement. “Je suis le coordonnateur de Lamuka et président d’Ensemble”, dit Katumbi, donc le seul habilité à parler ou à se choisir celui qui devrait parler à sa place, et par là, chef de file de l’opposition. Ce qui semble échapper à Fayulu qui, selon la logique de la présidence trimestrielle tournante devrait donner sa langue au chat pendant 15 mois, soit une année et trois mois.
Lamuka saigne, Lamuka suffoque dans une fumée noire qui l’emportera…bientôt tandis que Tshisekedi, veille jalousement sur ses deux dames: La présidence et le peuple.