RDC – Les vendeurs du faux et les honneurs volés du Soldat Congolais

Engagé dans un combat, le caméléon mâle traduit sa violence en prenant la couleur rouge ; le sang.
La terreur, venue avec la colonisation, a refusé de se faire embarquer dans l’avion au retour des colons en Europe. Elle ne faisait plus de manchots, mais, elle a fait son chemin sous un visage nouveau. L’ université de Kasapa, au Katanga l’a connue sous le nom de ‘’Lititi Mboka’’. Les coups de feu et les longs couteaux ont eu raison des étudiants protestateurs et hostiles au régime.
Elle s’est détendue, elle a hoqueté, elle a vomi du feu sur Mbuji-Mayi qui a vu les corps de ses creuseurs de diamant couler, sans vie, de la rivière Katekelayi à la rivière Lubilanji. Insouciante comme une rivière calme mais dangereuse, sous le nom de ‘’Hiboux’’, elle a élu domicile dans les longs jours sans espoir et dans la noirceur opaque des nuits Kinoises. Le fleuve Congo, rassasié de cadavres dont il ne savait plus quoi faire, les vomissait carrément sur ses rives.
A quelques années de là, la terreur, infatigable dans son cycle infernal et déguisée en enfant de chœur, au nom d’emprunt ‘’Kadogo’’est parti de l’Est de la RDC, serpentant à travers forêts, savanes, plaines et villages sous le bruit des bottes et celui des pétards. Elle avait défloré les cœurs
des enfants soldats de sentiments d’amour et de compassion ; sa force et son énergie, elle les puisait dans le sang…des autres. Pas plus loin qu’hier, c’est de sous terre qu’elle s’est fait entendre ; ses victimes ont poussé des cris qui ont fendu la terre des fosses communes où, entassées les unes sur les autres, elles dormaient pour toujours. La terreur a griffé le Bas-Congo et a étouffé à la mort les Bundu-dia-Kongo. Elle a tendu ses bras au Kasai-Occidental et a embrassé à la judas les Kamuena-Nsapu.

Dans les plaines et vallées, sur les collines et montagnes, accroché à son arme et mangeant de l’herbe, le soldat, envoyé finir la guerre que l’homme politique a créée, se meurt. il avale un comprimé fait-maison. Il lui brûle les intestins. Il s’étouffe et s’étale de tout son long… pour toujours. La République lui achète un cercueil au bois usé peint en noir au prix du bois d’ébène. Escroqué jusque dans sa tombe, son cercueil est volé et son corps jeté dans la brousse alentour. Les eaux des pluies l’envoyent se perdre au fond du fleuve.
Les animaux sauvages mordent certains, l’ennemi tapis dans la brousse d’en face bousille les autres. La bravoure des survivants donne l’insomnie au dictateur.
A trente ans d’écart plus dix-huit, Joseph-Désiré Mobutu a eu ses ”conspirateurs”, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila ont eu leurs ”traitres”. A trente deux ans d’écart plus dix-huit, ils se sont pointés dans les champs de bataille après la guerre et se sont affichés en vedettes devant les caméras de télévision.
Aux oubliettes les soldats tombés lors de la guerre de Mulele, ceux tombés lors de celle de quatre-vingts jours, ceux de la marche de l’ AFDL sur Kinshasa le 17 Mai 1997…

Prête pour l’accouplement, le caméléon femelle prend la couleur verte ; la couleur de paix. Le mâle s’identifie à sa femelle. Tout est vert, tout est beau, tout est pacifique. Le mâle, oubliant qu’il n’y avait pas longtemps qu’il était de rouge vêtu, continuait à voir son adversaire de tout à l’heure en rouge. Il l’accusait de sauvage et de violent. Le politicien qui a jadis trouvé du répondant dans la corruption et dans la terreur, qui a endeuillé Kinshasa et la République dans sa profondeur prêche aujourd’hui, l’amour du peuple et la paix. Du coup, le tribaliste se découvre l’amour de la nation et l’assassin devient un enfant de chœur. .
Les cent premiers jours d’un dictateur sont vêtus de terreur. Les crépitements de balles se font entendre, le fouet siffle dans l’air, les cachots et prisons se remplissent. Le peuple se murmure plus qu’il ne se parle. Celui qui ferait ombrage finit dans la tombe et, les cris de sa famille s’étouffent dans sa gorge. Les murs ont des oreilles!
Les cent premiers jours d’un démocrate sont couverts de paix. Les chants d’allégresse se font entendre, les cachots se ferment et les prisons se vident d’innocents. Le peuple se parle plus qu’il ne se murmure. Celui qui fait ombrage arpente les rues du pays sans être inquiété et sa famille a le droit à la parole.
L’homme politique au profil du vendeur de faux disparaît et, par Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi, les sacrifices du Général Mahele et de Mamadou Ndala, la bravoure et la mémoire du soldat inconnu trouvent le mérite leur dû.